"Dialogue entre la peau et le cerveau" : point de vue des neurosciences.
- coralienicot

- 14 déc. 2022
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 12 avr.

Le shiatsu est reconnu comme médecine au Japon, comme simple pratique bien-être en France : nous ne sommes pas des médicaux. On parle de prévention, de détente profonde, de diminution du stress... donc potentiellement de la diminution de ses conséquences néfastes. Mais tout ça reste vague.
Pas facile d'expliquer ce que peut faire le shiatsu quand on nous le demande.
Les praticien-nes sont évidemment convaincu-es de ses bienfaits puisque témoins des résultats, tout comme les receveur-ses, ravi.es et convaincu.es : c'est tout ce qui compte pour nous, mais un peu de reconnaissance officielle ne fait pas de mal.

Lors du congrès du Syndicat des Professionnels de Shiatsu 2022 (SPS), nous avons eu la chance de recevoir le Professeur Marcel CREST, directeur de recherche émérite en neurosciences au CNRS. Il nous a parlé neurobiologie du toucher et neuroanatomie.
Force est de constater que de plus en plus de revues parlent des bienfaits du toucher et des thérapies complémentaires comme le shiatsu (Cerveau & Psycho, Ça m'intéresse, Le Journal du Dimanche...).
Le nombre d'études scientifiques est aussi en très forte croissance. Pour l'acupuncture par exemple, c'est plus du double d'études ces dix dernières années, sachant qu'elles avaient déjà doublé sur la décennie précédente. La courbe d'augmentation globale des études prend une allure quasi-exponentielle.
C'est logique : les effets secondaires sont presque inexistants comparés à des traitements médicamenteux. Mais surtout – c'est ce qui nous intéresse ici – on sait aujourd'hui que les points d'acupuncture renferment une forte densité de fibres nerveuses. Les anciens avaient donc compris instinctivement qu'il s'y passait quelque chose d'important.

"La peau parle au cerveau."
L'organe sensoriel préféré des shiatsushi* abrite une extrême diversité de processus : perception de température, plaisir, douleur mécanique ou thermique, toucher précis, prurit... Ce qui expliquerait que notre peau soit de loin notre organe sensoriel le plus innervé. (*shiatsushi : "expert ou maître en shiatsu".)
Les fibres nerveuses y ont été identifiées, mais concernant les récepteurs et leurs fonctions la peau renferme encore quelques mystères...
Ce qu'on sait, c'est qu'en stimulant la peau on stimule une grande quantité de fibres du système nerveux -ça marche aussi à travers les vêtements #shiatsu. Et ça, c'est super. Voici pourquoi :
Concrètement cela se déroule en 4 étapes :
-> d'abord un influx nerveux de la peau vers le cerveau
-> puis une activation des médiateurs au niveau du cerveau
-> ces médiateurs activent le système nerveux sympathique, et parasympathique
-> ce qui a une action sur l'homéostasie, c'est-à-dire le maintien de l'équilibre des systèmes dans le corps donc la santé.
En activant via la peau les terminaisons sensorielles au niveau du cerveau, on agit sur diverses zones cérébrales : l'hypothalamus, le cervelet, l'insula... D'après le professeur Crest, cela ne peut qu'avoir des effets physiologiques car le cerveau, en bon ordinateur central, communique avec tout le corps.
Partant de là on peut légitimement supposer une action sur le sang, sur le cerveau, les systèmes nerveux, lymphatique, la détoxification ou la douleur. Pas mal, non ?
Pour nous, praticien-nes, c'est extrêmement prometteur et cela permettrait d'expliquer la diversité des résultats obtenus en cabinet sur une grande variété de troubles.

Le toucher, facteur d'équilibre interne et d'équilibre social ?
Mais ça n'est pas tout. La peau parle au cerveau et en retour le cerveau peut agir sur la peau et d'autres systèmes du corps : immunitaire, vasculaire... Les maladies de peau liées au stress illustrent bien ce processus.
Outre les aspects physiologiques de rééquilibrage des systèmes du corps, le Professeur Crest pointe l'importance de la dimension affective du toucher qui en fait aussi un facteur d'équilibre social, ce qui n'est pas rien.
Chez les prématurés, on sait que le toucher permet d'augmenter le poids, de diminuer le stress et les pleurs et d'augmenter la sérotonine, hormone du bien-être.
Une autre étude menée sur plusieurs décennies aux Etats-Unis a démontré que les bébés qu'on laissait pleurer sans les prendre dans les bras grandissaient avec des difficultés d'insertion, de sociabilisation et une plus grande addiction aux drogues.
Les recherches sont encore en cours.
On ne sait pas encore tout sur la peau. Les récepteurs de la douleur mécanique n'ont pas encore été identifiés, notamment, une découverte attendue avec impatience. Les recherches sont prometteuses et il est certain que la peau renferme des trésors qui promettent un bel avenir aux pratiques telles que le shiatsu.
Nous sommes tout.es doué.es de cette capacité du toucher.
Avec une intention positive, n'importe qui peut donner chaleur, bienveillance et réconfort par le toucher.
Au Japon, le shiatsu est traditionnellement pratiqué en famille, y compris avec les enfants qui apprennent tôt : le parent donne un shiatsu à l'enfant (on parle de donner et recevoir en shiatsu), l'enfant apprend ainsi et peut à son tour prodiguer les bienfaits du shiatsu au parent.

Heureusement, il n'est pas nécessaire d'avoir appris le shiatsu ou les massages ! Quelques pressions ou frottements dans le dos procurent déjà un grand soulagement. Le toucher avec une intention positive est déjà thérapeutique, disait mon professeur.
Une main passée doucement dans le haut du dos en signe de soutien affectif, ou plus vigoureusement dans le bas du dos comme pour donner de la force... Ces gestes simples peuvent parler à chacun-e d'entre nous, soit parce qu'on les a reçus, soit parce qu'ils ont manqué.
Je vous encourage vivement à (ré)introduire autant que possible le toucher dans votre vie, de manière mutuellement consentie bien sûr !
Pensez aux free hugs ("câlins gratuits"),c'est simple et efficace pour augmenter la production d'ocytocine, une hormone du bonheur.
Ma prescription ? Un "hug" par jour avec chaque proche que vous voyez.
Mais je ne suis pas médecin.

Le shiatsu n'est pas une science exacte, et les études pour évaluer son efficacité peuvent s'avérer difficiles à mener. Il y en a, de plus en plus, je vous en reparlerai dans un prochain article.
À bientôt pour parler shiatsu, prenez soin de vous.
Coralie
Vous pourriez avoir envie de lire : Shiatsu & santé mentale : point de vue d'un psychiatre
Aller plus loin :
une vidéo :
The Science of Touching and Feeling | David Linden | TEDxUNC - YouTube
un livre :
Les bienfaits du toucher - Tiffany Field - Babelio


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